Depuis que je m’intéresse au vitrail, j’ai pris un malin plaisir à chercher des lectures à vocations professionnelles.

J’aime partager les titres que j’ai aimé ou qui ont beaucoup nourri mes réflexions, je vous en propose quelques uns.

 

La transparence et le reflet, Serge Bramly, JC Lattès.

 

Voila un essai qui, s’il ne l’est pas déjà, fera probablement office d’incontournable.

Comment le verre a-t-il modifié, modelé les civilisations dans lesquelles il était présent ? Pourquoi était-il absent à certains endroits ?

L’essai apporte un éclairage riche sur ce matériaux incontournable et omniprésent en l’analysant à travers l’art.

Un chapitre est consacré au vitrail et c’est de celui ci que j’ai envie de partager. Pour le reste de l’ouvrage, je vous laisserai le découvrir !

C’est la mosaïque byzantine qui apporte avec elle en Europe, le travail du verre plat, offrant déjà les subtils jeux de transparence du vitrail à venir. L’apparition de verres non décorés dans les ouvertures des lieux de cultes est également mentionné par les écrivains chrétiens latins entre 150 et 400. Ce qui retrace les prémices du vitrail, sans pour autant qu’il ait la forme que nous connaissons bien, à savoir des verres colorés décorés de scènes et assemblés au plomb.

Comme vous le savez peut-être déjà, les plus anciennes traces de vitraux retrouvés datent du VI, avec un fragment de visage de Christ peint. Puis tout s’accélère, le vitrail grandit, et recouvre les cathédrales en quelques siècles.

“A partir du XIIème siècle, la diaphanéité du verre ne cessa ainsi de gagner sur l’opacité des parois, de sorte qu’il arriva que l’on ne sut plus dire si le chatoiement des vitraux magnifiait l’architecture, ou si, comme dans la Saintes-Chapelle du Palais de Justice de Paris, l’architecture n’était que l’écrin de ce vaste et éblouissant joyau, le vitrail.”

A la lecture de ce chapitre, un passage à retenu mon attention.

Il y est question de la lecture des scènes des vitraux médiévaux. On entends souvent que les vitraux racontent des passages des Ecritures afin de dispenser le savoir à tout ceux qui entrent. Or on peut se poser la questions de la lisibilité des scènes qui sont petites et très hautes. C’est du côté de la symbolique qu’il faut regarder afin de mieux comprendre : “le message passait tout autant, sinon davantage, par la puissance symbolique de la clarté chatoyante dont elle emplissait le volume intérieur des églises que par les récites qu’elles racontaient.”

“Il (le fidèle) ne pouvait saisir le détail des choses ; c’était la prodigieuse richesse de l’ensemble, dont la miroitante profusion ajoutait au mystère, qui formait le message essentiel : voilà ce à quoi ta foi te fera accéder.”

Je découvre également, à la lecture de cet ouvrage, l’incroyable complexité de la symbolique de la lumière selon les régions et les religions. Dans le chapitre sur le vitrail, on apprends que d’un point de vue de l’Occident chrétien du moyen-age la lumière du jour est “une manifestation de la lumière divine, mais non la lumière divine elle-même. Pour accéder au divin, la lumière physique devait être sublimée de façon quasi alchimique par son passage à travers un vitrail, lui-même porteur de la vérité des Ecritures.”

Je pourrais continuer à citer presque l’ensemble de ce chapitre tant il est riche ! Mais je ne vais pas vous gâcher le plaisir de le lire et vous propose de finir avec une dernière citation qui achèvera de vous mettre l’eau à la bouche :

On comprends ainsi comment l’Occident chrétien, en faisant un distinguo entre lumière réelle et lumière divine, en imposant ce passage de l’une à l’autre par le verre, en opérant cette transfiguration du physique en mystique, comment l’Occident se coupa de la nature – avant de sortir du sacré, puis du religieux dans les siècles suivants.”

A lire absoluement !