Les collaborations #2

Radio & vitrail : une belle expérience

La radio n’est pas un média que je côtoie souvent, alors quand on vous invite à venir parler dans un micro, il y a une sorte de moment de doute : que vais-je bien pouvoir dire ? pourquoi faire cette émission ? et si je bafouille ?

Après le doute vient l’enthousiasme : et pourquoi pas ?!

Alors voila (ci-dessous) l’enregistrement de ce moment de partage autour du vitrail contemporain aux côtés de Maryline Monel et Jean-Jacques Fanjat, deux personnes dont la rencontre a été si importante pour moi. 

en audio : https://www.mixcloud.com/BubbleArt/cultures-vivantes-101-les-verriers/

en vidéo : https://www.facebook.com/pierrealain.gourion/videos/2008157329228393/ 

Bonne écoute !

 

crédits :

Animation : Pierre Alain Gourion et Victoire Jacquet

Vidéo : Matéo Dartois et Laurie Hernandez

Son : Théo Rostain

Com : Pauline Coste


Peindre le verre #2

Peinture sur verre : exemple des étapes de réalisation

Avec l’ensemble des outils nécessaire, on va procéder à la première partie du travail de peinture sur verre. Pour ce faire, je vais décomposer une de mes peintures.

Prenons l’exemple d’un rondel avec un motif de fruit !

Il faut tout d’abord maîtriser la partie dessin préparatoire car sans cela, vous serez bien embêté pour réaliser la peinture.

Prenez donc le temps de dessiner vos volumes avec ombres et lumières sans oublier la colorisation si vous en avez besoin.

Première étape : peindre des traits

Dans le cas de mon rondel, j’ai choisi de faire des traits en première étape, avec un pinceau de martre très fin (n°2).

On peut travailler en transparence avec son dessin sous le verre pour tracer les lignes.

Un mélange de grisaille, eau et gomme arabique fera l’affaire.

Après cette étape, vous avez deux options : la première c’est de cuire les pièces afin de travailler les modelés sur la même face.

La seconde, plus délicate, consiste à retourner la pièce sur des petits supports afin que la grisaille ne touche pas la table. Ensuite vous pouvez peindre les modelés et faire une seule cuisson pour ces deux étapes.

Dans mon cas, j’ai profité d’un four de cuisson presque plein pour y mettre mes pièces avec seulement les traits.

Deuxième étape : les modelés

Les modelés : c’est une étape importante car elle va donner de la profondeur à votre peinture. Les modelés ce sont les ombres et lumières de votre motif.

Pour réaliser un modelé il faut faire un jus : grisaille, eau et gomme très liquide. Ensuite il faut déposer le jus sur les zones à peindre en pensant que certaines zones vont être plus foncées que d’autres ! Ici on utilisera un pinceau blaireau pour répartir uniformément la peinture, le geste doit être léger, délicat et précis.

Une fois que c’est sec vous pouvez travailler par enlevé, à la manière d’un graveur : brosses, plumes, bois … tout vos outils peuvent servir à cette étape, en fonction du type de rendu que vous voulez avoir, il faut choisir un outil plus ou moins rigide, fin, épais, souple … Il s’agit de faire apparaître des zones claires, des lumières en somme. Comme sur votre dessin préparatoire.

Dernière étape : mettre une couleur

La dernière étape va varier selon ce que vous souhaitez faire : couleur avec des émaux, dépolis, rehaut pour les ombres, jaune d’argent ou autre …

Dans le cas de mon rondel, j’ai appliqué des émaux sur la face qui n’avait pas de modelé. Les émaux s’appliquent très liquides, à la goutte et sur la face grisaille j’ai fais des rehauts pour obtenir des ombres plus fortes !

C’est un travail qui demande beaucoup de concentration, il faudra être prudent au nettoyage. Et pour finir, une dernière cuisson !

A vos pinceau !


Carnet de chantier #1

Un brin de folie, café botanique

Je me suis enfin décidée à rédiger des petits carnets de chantier !

Alors voilà le premier :

Lorsque Camille et Marion sont venues me voir à l’atelier pour me parler d’un projet de décors sur verre, j’ai tout de suite été emballée par l’idée. Elles avaient déjà repéré mes sérigraphies sur verre et voulaient quelque chose dans cet esprit là pour leur futur magasin.

Conception du projet

On a rapidement su comment nous allions travailler : beaucoup d’échanges, beaucoup de croquis. Les choses sont allées assez vite, on avançait par à-coups, cela permettait de mettre rapidement nos idées sur papier !

Les contraintes étaient les suivantes :

  • légèreté / discrétion
  • végétal / fougère
  • pas de couleur

J’a tout de suite pensé à une fougère que j’apprécie particulièrement : la capillaire. Elle est légère, aérienne et délicate. Un sujet parfaitement adapté au futur café botanique qui ouvrirait ses portes au 12 place Tobie Robatel, Lyon 1er !

Fabrication des vitraux

Voici mes étapes de travail :

  • sérigraphie en grisaille noir bleuté
  • lavis ou rehaut pour rendre les feuilles plus lisibles de loin
  • cuisson à 640°C
  • montage au plomb, les coupes sont simple et le montage est discret pour souligner la fragilité et la légèreté du motif
  • pose dans une feuillure métallique, joint de mastic 

Le résultat de la sérigraphie est surprenant, j’ai pu conserver tous mes coups de crayons, et rester dans cet esprit dessiné, presque gravé dans le verre. C’est une technique que je n’avais jamais essayé sur un grand format et je suis contente du résultat ! A refaire !

Les photos qui suivent on été réalisés par Jérôme Pantalacci.

Vous pouvez voir son travail par ici : http://jeromepantalacci.com/


Les collaborations #1

C’est du plaisir de travailler avec d’autres que sont nés les premiers projets de collaboration avec des artistes ou artisans.

Aujourd’hui, l’Atelier poursuit ce travail de recherche et de production autour de plusieurs axes dont les plus importants sont le verre, le vitrail, le dialogue, l’expérimentation et l’exigence.

Jeux de regards et de reflexion, le projet mené par Elisabeth Ledoux et Anne-Claire Servant en collaboration avec l’Atelier Faucher vous propose de vivre une expérience visuelle.

Projet Autre Regard

L’effet bouton d’or, ce jeux de reflection d’une fleur jaune sur la peau sera le point de départ de ce travail de diplôme DSAA Design à La martinière Diderot (Lyon).

Tout au long de ce travail, les rencontres ont lieu à l’atelier, au 138 rue Bugeaud à Lyon. C’est au milieu des outils et matériaux que j’accueille les étudiantes.

Au programme : échanges de références, questionnements et expériences. On se partage des idées, des images, des livres. De précieux moments avant de passer à la phase de réalisation.

Les objets produits sont un moyen étonnant de regarder le monde ou bien l’autre, ils mélangent votre visage à ce qu’il y a en face : je devient paysage et tu deviens moi.

“C’est donc par superposition d’un verre coloré et d’un miroir gravé que ce filtre lumineux interroge et joue sur la perception qu’on peut avoir de soi, des autres ou de son espace. On y retrouve le vitrail, questionnant la relation entre intériorité et extériorité. Un vitrail changeant ici d’échelle, devenu objet du quotidien, objet mobile et, pour l’usager, l’invite à l’introspection.

Anne-Claire Servant et Elisabeth Ledoux.

C’est l’intimité, ici, qui est importante. Celle que l’on crée lors d’un échange de regards transformé, mis en scène, par la couleurs et la contrainte : reflets et transparence en simultané.

La lumière ainsi capturé anime un moment de vie, un lieu, une rencontre. Une expérience à vivre !

“Reflet de lumière découpée, reflet de verre coloré, reflet de soi, reflet des autres, reflet du monde, Autre Regard propose ainsi une manière alternative et divertissante de s’approprier un fragment du quotidien.” Anne-Claire Servant et Elisabeth Ledoux.


Ma bibliothèque idéale #2

Depuis que je m’intéresse au vitrail, j’ai pris un malin plaisir à chercher des lectures à vocations professionnelles.

J’aime partager les titres que j’ai aimé ou qui ont beaucoup nourri mes réflexions, je vous en propose quelques uns.

 

La transparence et le reflet, Serge Bramly, JC Lattès.

 

Voila un essai qui, s’il ne l’est pas déjà, fera probablement office d’incontournable.

Comment le verre a-t-il modifié, modelé les civilisations dans lesquelles il était présent ? Pourquoi était-il absent à certains endroits ?

L’essai apporte un éclairage riche sur ce matériaux incontournable et omniprésent en l’analysant à travers l’art.

Un chapitre est consacré au vitrail et c’est de celui ci que j’ai envie de partager. Pour le reste de l’ouvrage, je vous laisserai le découvrir !

C’est la mosaïque byzantine qui apporte avec elle en Europe, le travail du verre plat, offrant déjà les subtils jeux de transparence du vitrail à venir. L’apparition de verres non décorés dans les ouvertures des lieux de cultes est également mentionné par les écrivains chrétiens latins entre 150 et 400. Ce qui retrace les prémices du vitrail, sans pour autant qu’il ait la forme que nous connaissons bien, à savoir des verres colorés décorés de scènes et assemblés au plomb.

Comme vous le savez peut-être déjà, les plus anciennes traces de vitraux retrouvés datent du VI, avec un fragment de visage de Christ peint. Puis tout s’accélère, le vitrail grandit, et recouvre les cathédrales en quelques siècles.

“A partir du XIIème siècle, la diaphanéité du verre ne cessa ainsi de gagner sur l’opacité des parois, de sorte qu’il arriva que l’on ne sut plus dire si le chatoiement des vitraux magnifiait l’architecture, ou si, comme dans la Saintes-Chapelle du Palais de Justice de Paris, l’architecture n’était que l’écrin de ce vaste et éblouissant joyau, le vitrail.”

A la lecture de ce chapitre, un passage à retenu mon attention.

Il y est question de la lecture des scènes des vitraux médiévaux. On entends souvent que les vitraux racontent des passages des Ecritures afin de dispenser le savoir à tout ceux qui entrent. Or on peut se poser la questions de la lisibilité des scènes qui sont petites et très hautes. C’est du côté de la symbolique qu’il faut regarder afin de mieux comprendre : “le message passait tout autant, sinon davantage, par la puissance symbolique de la clarté chatoyante dont elle emplissait le volume intérieur des églises que par les récites qu’elles racontaient.”

“Il (le fidèle) ne pouvait saisir le détail des choses ; c’était la prodigieuse richesse de l’ensemble, dont la miroitante profusion ajoutait au mystère, qui formait le message essentiel : voilà ce à quoi ta foi te fera accéder.”

Je découvre également, à la lecture de cet ouvrage, l’incroyable complexité de la symbolique de la lumière selon les régions et les religions. Dans le chapitre sur le vitrail, on apprends que d’un point de vue de l’Occident chrétien du moyen-age la lumière du jour est “une manifestation de la lumière divine, mais non la lumière divine elle-même. Pour accéder au divin, la lumière physique devait être sublimée de façon quasi alchimique par son passage à travers un vitrail, lui-même porteur de la vérité des Ecritures.”

Je pourrais continuer à citer presque l’ensemble de ce chapitre tant il est riche ! Mais je ne vais pas vous gâcher le plaisir de le lire et vous propose de finir avec une dernière citation qui achèvera de vous mettre l’eau à la bouche :

On comprends ainsi comment l’Occident chrétien, en faisant un distinguo entre lumière réelle et lumière divine, en imposant ce passage de l’une à l’autre par le verre, en opérant cette transfiguration du physique en mystique, comment l’Occident se coupa de la nature – avant de sortir du sacré, puis du religieux dans les siècles suivants.”

A lire absoluement !


Peindre le verre #1

On m’a récemment demandé des conseils en peinture sur verre, sur les matériaux, les outils, les techniques.

J’en profite donc pour faire un point. Evidemment, c’est un art qui est long à prendre en main, à mi chemin entre la chimie et les techniques de dessin traditionnelle, ou encore la gravure, dont on retrouvera certains gestes.

Je vous livrerai donc mon expérience, elle est personnelle et s’est construite au contact d’autres personnes mais également lors d’expérimentations.

Lorsque j’ai commencé la peinture sur verre, je suis allée voir Justine Dablanc à Paris, j’y ai passé tous mes lundis pendant un an. Une année de copies de différentes époques qui sont toujours pour moi aussi importantes, d’un point de vue technique, j’y ai appris beaucoup. Des bases qui me semblent toujours aussi solides aujourd’hui.

Puis je suis arrivée à Lyon où j’ai rencontré Maryline Monel avec qui j’ai également passé une année.  A son contact j’ai orienté mon travail vers l’expérimentation. Son approche de la peinture est différente du fait de sa pratique de la gravure, qui, il me semble a nourri sa manière de peindre le verre.

Dans ma boîte à outils il y a beaucoup de choses, mais je vais aller à l’essentiel pour commencer.

  • La palette en verre avec son couteau : une palette large et dont les bord sont ébarbés afin de ne pas tailler les pinceaux, un couteau en métal afin de broyer les pigments finement.
  • Les pinceaux : en poils naturels, il sont précieux, ils ont tous un usage particulier que l’on verra.
  • Les grisailles, cémentations et émaux : les couleurs sont variées, selon ce que l’on veut rendre, on ne choisira pas le même pigment.
  • Le petit banc : afin d’appuyer ses mains pour peindre sans toucher le verre et sans trembler, étrange outils au début, il devient votre meilleur ami assez rapidement  (en ce qui me concerne !)

  • La table lumineuse : sans elle, vous aurez bien du mal à voir ce qu’il se passe sur votre verre.
  • L’ensemble ne serait rien sans un four pour cuire les peintures. Comme vous le savez peut-être, les grisailles, émaux et cémentations sont fixées par cuisson

Pour peindre, il faut d’abord avoir réalisé une ébauche ou un dessin assez poussé ce que l’on va réaliser. Cela permet d’anticiper l’ordre des couches de peintures, les médiums que l’on va utiliser (eau, vinaigre, essence…). En fonction de ses besoins d’opacité ou de transparence on pourra également opter pour des dilutions de pigments différents.

A mon sens, il faut penser la peinture sur verre en couches. C’est à dire qu’il faut décomposer le travail : traits, modelés, rehauts, émaillage …. autant d’étapes qu’il faut pouvoir organiser selon un ordre qui peut changer en fonction de vos besoins. Par exemple, on peut commencer par les modelés avant de faire les traits ou l’inverse !

Le tout est de travailler en sachant où l’on va !

“C’est une qualité, dans la pratique, de savoir s’arrêter à temps. Le soin excessif apporté à finir n’est pas seulement inutile, il est nuisible, il porte atteinte à la transparence, à la vigueur du vitrail, lorsque celui-ci est placé au lieu qu’il soit occupé.”

La peinture sur verre au 16ème siècle et à notre époque. L. Charles


Ma bibliothèque idéale #1

Depuis que je m’intéresse au vitrail, j’ai pris un malin plaisir à chercher des lectures à vocations professionnelles.

J’aime partager les titres que j’ai aimé ou qui ont beaucoup nourri mes réflexions, je vous en propose quelques uns.

La collection Création et architecture, édition Ereme

On trouve encore quelques titres de cette collection sur Internet mais je ne l’ai jamais croisée en librairie.

C’est une petite collection très intéressante qui fait le point sur une oeuvre contemporaine dans une architecture. C’est notamment le cas pour des vitraux d’artistes.

J’ai réussi à mettre la main sur 4 titres :

Nemours, au prieuré de Salagon

On y apprends comment furent composés les sobres vitraux monochromes d’un rouge sélénium, couleur pur, presque irréelle ; à l’opposée des couleurs de la nature, toujours composées de plusieurs teintes.

Les poèmes de Nemours situés en fin d’ouvrage, font découvrir sa relation à la lumière. Il y en à un que j’ai particulièrement aimé et que je vous copie ci-dessous :

“ Lumière contraste de couleur

Arriver par l’irradiation au noyau

Le point couleur    l’accord

Les passages et les ruptures sont mélodies »

Benzaken, à Varennes-Jarcy

L’ouvrage présente les vitraux ornés de tulipes colorées, les choix théologiques liés à cette plante mais également les contraintes techniques de la réalisation des maquettes de l’artiste.

Toute la fin de l’ouvrage est consacrée à la phase de réalisation par les ateliers Duchemin, illustrés par les superbes maquettes de Benzaken, qui sont des dessins au fusain. On y apprends que les choix de la gravure à l’acide et l’emploi du jaune d’argent ont permis la diminution du réseau de plomb afin de respecter les maquettes de l’artiste.

“Ainsi ont pu être exprimés sur un même élément, le blanc, le jaune, le bleu, le vert, sans qu’il soit besoin de découpe”

Manessier, au Saint-Sépulcre d’Abbeville

L’analyse des vitraux abstrait de Manessier est accompagnée d’une description de la composition globale de la position des vitraux dans les lieux. L’ensemble formant une composition narrative, il est important d’en comprendre l’ensemble.

On y trouve également des esquisses et des notes de l’artiste, ce qui permet de mesurer la complexité des compositions !

“Alfred Manessier a toujours considéré ses maquettes de vitraux , travaux de peinture préparatoires à leurs réalisations, comme des oeuvres à part entière”

Rabinowitch, à Digne les Bains

Dans cet ouvrage, on découvre que Rabinowitch a conçu les vitraux de Dignes les Bains mais également le mobilier et les décors du lieu. C’est un ensemble complexe et savant que l’on parcours à la lecture de ce texte.

On y apprends toute la complexité de la réalisation de ces vitraux qui ne comportent aucun réseau de plomb.

“David Rabinowitch a ainsi su éviter le piège tendu à tout artiste intervenant aujourd’hui dans un bâtiment ancien et chargé d’histoire : celui de surajouter un décor, de concevoir une ‘installation’ contemporaine pour employer la terminologie artistique.”